Vers un choc énergétique dangereux avec des répercussions récessionnistes, particulièrement en France et en Martinique

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Evolution du cours du baril

La guerre en Iran est en voie de provoquer un choc économique dangereux : Le pétrole flambe de 66 %. Le baril de pétrole West Texas Intermediate (WTI), la référence aux Etats-Unis, a frôlé toute la semaine du lundi 9 mars 100 dollars (87 euros), oscillant au gré des bombardements sur les navires situés dans le détroit d’Ormuz ou sur des installations d’hydrocarbures dans les pays du Golfe. Vendredi à la clôture, il était à 99,35 dollars, en hausse de 50 % sur un mois et de 66 % depuis le début de l’année 2026.

Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé dimanche 8/03/2026 “un plan exceptionnel de 500 contrôles” dans les stations-service par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), pour éviter les “hausses abusives des prix à la pompe”. Mais les prix des carburants restent libres en France.

Economiquement, le tournant de ces premiers jours de guerre est venu de deux bombardements, lundi 2 mars qui ont mis à l’arrêt toute la production de gaz naturel liquéfié (GNL) au Qatar.

L’Iran a touché deux points névralgiques : l’usine de liquéfaction de gaz de Ras Laffan, à 80 kilomètres au nord de Doha, et le réservoir d’eau d’une centrale électrique à Oum Saïd (Mesaieed), une base-clé de la production gazière, à 40 kilomètres au sud de la capitale. QatarEnergy, la compagnie nationale, a suspendu sa production de GNL. L’effet est majeur : cet acteur est responsable en temps normal de 20 % de la production mondiale. Mais Jack Reid, du cabinet Oxford Economics, rappelle que l’ampleur de la crise actuelle pourrait – si elle durait – être encore plus forte que celle de l’Ukraine : “Les exportations de GNL venant du Qatar et des Emirats arabes unis sont de 120 milliards de mètres cubes par an, et elles dépendent entièrement du passage du détroit d’Ormuz. C’est significativement plus que les exportations qui ont été supprimées par la Russie en 2022, qui étaient d’environ 70 milliards de mètres cubes.

La Chine, pays le plus touché

La Chine pourrait être le pays le plus éprouvé économiquement. Elle vient de perdre coup sur coup deux alliés majeurs, l’Iran et le Venezuela. “Ces deux pays lui vendaient du pétrole pas cher, représentant respectivement 13 % et 4 % de sa consommation, souligne Alicia Garcia-Herrero, chef économiste pour l’Asie-Pacifique à Natixis. C’est un choc très négatif.” Mabrouk Chetouane y voit l’une des raisons de l’intervention militaire du président américain, Donald Trump, en Iran. La Chine réagit par un soutien accru à l’Iran.

Pour la France, l’objectif de croissance de 1 % en 2026 ne sera sans doute pas atteint : L’économie française n’échappera pas à l’impact de la hausse des prix du gaz et des hydrocarbures tant sur le plan de la croissance que de l’inflation.

Sur les marchés financiers, le taux des emprunts à dix ans du gouvernement français est passé de 3,2 % avant le début de l’offensive américano-israélienne, déclenchée le 28 février, à presque 3,7 % vendredi 13 mars. Il s’agit de son plus haut niveau depuis 2011. Le phénomène concerne l’ensemble des pays européens. Le taux allemand, considéré comme le plus sûr, a frôlé 3 %, également pour la première fois en quinze ans. Pour l’Italie, il atteint 3,8 %. Reste que pour la France, ce qui compte vraiment est le prix auquel elle se finance, c’est-à-dire le taux d’intérêt sur les marchés financiers. Actuellement, la maturité moyenne de la dette publique – à savoir, le délai moyen avant remboursement des obligations composant la dette – est de huit ans. Cela signifie que la plupart des emprunts qui arrivent à échéance cette année ont été réalisés vers 2018-2020, quand les taux d’intérêt frôlaient 0 %. Désormais, il faut les renouveler à 3,7 %. Mécaniquement, cela va alourdir la charge de la dette. Cette année, de vieilles dettes de 176 milliards d’euros doivent être renouvelées, selon l’Agence France Trésor (auxquelles il faut ajouter 135 milliards d’euros de nouvelles). Si la crise en Iran continue, l’addition pourrait être encore plus salée que prévu. Enfin, le détroit d’Ormuz est également une source majeure d’importation alimentaire pour les pays du Golfe. L’Arabie saoudite importe 40 % de ses céréales et oléagineux via ses ports, note le Financial Times. Pour les Emirats arabes unis, 90 % des matières premières entrent par le port de Jebel Ali, à Dubaï. Si le passage des navires reste bloqué longtemps, la situation pourrait vite devenir tendue.

Le blocage du détroit d’Ormuz menace aussi de fortes perturbations le marché des engrais et les importations agricoles au Moyen-Orient

Un tiers du trafic maritime mondial des fertilisants et de 80 % à 100 % du blé destiné au Qatar, au Koweït et au Bahreïn empruntent ce détroit. En France, la hausse des prix des intrants ainsi que celui du gazole inquiètent les agriculteurs. La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz depuis les premières frappes israéliennes et américaines sur l’Iran, le 28 février, n’en finit pas de susciter des craintes concernant les flux logistiques. Si les conséquences sur le commerce du pétrole et du gaz ont immédiatement été évoquées, d’autres secteurs craignent le contrecoup. C’est le cas des importations agricoles, cruciales pour la sécurité alimentaire des pays du Moyen-Orient, mais aussi du marché des engrais, très dépendants des fournitures d’urée et d’ammoniac, composants-clés des produits phytosanitaires. Selon des données récentes du spécialiste de l’assurance-crédit Coface, 33 % du transport maritime mondial des engrais transite par le détroit d’Ormuz.

La flambée du prix du gaz est, en effet, aussi une source d’inquiétude. “Près de 80 % du coût de l’ammoniaque est lié à celui du gaz”, souligne-t-on. Le prix des engrais pourrait donc s’en ressentir. Face à ces cours déprimés, la tension est d’autant plus forte chez les céréaliers. Ils craignent désormais un autre facteur d’augmentation de leurs coûts de production, liée là encore au conflit en Iran : le prix du carburant.

Les économistes de Goldman Sachs ont aussi modélisé les conséquences sur l’inflation. Une hausse permanente de 10 % du prix du pétrole provoquerait une augmentation des prix mondiaux de 0,2 point, là encore avec un effet plus violent en Europe centrale (près de 0,5 point) ; de 0,3 point en zone euro et de seulement 0,1 point en Chine.

Il est clair que ces augmentations du pétrole, du gaz, des céréales ainsi que du coût des transports maritimes vont se répercuter en Martinique, provoquer la hausse des prix et frapper le pouvoir d’achat. L’activité économique pourrait ralentir encore et avoir une incidence négative sur l’emploi.

Donc ce qui se passe en Iran concerne les Martiniquais.es.

M.B Avec Le Monde et l’AFP