Un surendettement en hausse en 2025 selon l’Iedom traduisant un recul du niveau de vie dans les Pays dénommés DOM

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Le dépôt des dossiers n’a cessé de progresser après 2020

L’Institut d’émission des DOM (IEDOM), chargé du suivi du surendettement, a publié une analyse de ce phénomène pendant la dernière année 2025. Son intitulé : “MÉNAGES-Le surendettement des ménages dans les départements et collectivités d’outre-mer de la zone euro. Enquête typologique 2025”.

 On peut en tirer beaucoup d’enseignements sur la situation sociale des DOM car les données comparées portent sur la France et les DOM. Des éléments sont également fournis sur chacun des pays nommés DOM.

Hausse globale de plus de 20 % en 2025 par rapport à 2024

Premier constat : “Des dépôts de dossiers de surendettement toujours en hausse. En 2025, 3 915 dossiers ont été déposés auprès des commissions de surendettement des DCOMZ€ (départements et collectivités d’outre -mer de la zone euro), en hausse de 20,2 % par rapport à 2024 (soit 659 dossiers de plus). Il s’agit de la 3ème hausse consécutive post covid, même si elle est légèrement moindre qu’en 2024 (+24 %).

Il est observé que “Tous les territoires DCOMZ€ (sauf Mayotte, situation à rapprocher des impacts du cyclone Chido) sont concernés par cette progression des dépôts, qui oscille entre +9 % et +28 % selon les géographies sur un an. La hausse est même de 75 % sur 10 ans sur l’ensemble de la DCOMZ€. Le nombre de dossiers déposés en 2025 constitue ainsi un pic historique alors que les dépôts dans l’Hexagone sont en hausse de +9,8 % par rapport à 2024 et restent nettement inférieurs à ceux d’il y a dix ans (- 32 % par rapport à 2015).

L’Iedom relie cette progression avec la conjoncture économique. Il diagnostique : “Dans un environnement incertain marqué par des fortes tensions protectionnistes internationales, les Outre-mer affichent une croissance faible mais stable en 2025 Le dépôt d’un dossier de surendettement dépend de nombreux facteurs, mais le climat économique peut contribuer à accentuer la vulnérabilité des ménages. En 2025, l’accélération des dépôts de dossiers de surendettement intervient dans le contexte d’un climat des affaires en berne, se traduisant par un niveau d’emploi peu dynamique et des tensions sur la trésorerie des entreprises et des ménages”.

Un nombre de dossiers déposés inférieur dans les pays d’outre-mer. Pourquoi ?

L’Iedom explique : “Alors que le taux de pauvreté en Outre-mer est plus élevé que dans l’Hexagone, le taux de surendettement, calculé par le rapport entre le nombre de déposants et le nombre total d’habitants, est paradoxalement inférieur dans les DCOMZ€ par rapport à l’Hexagone : 223 dépôts de dossiers en moyenne pour 100 000 habitants de 15 ans et plus dans les DCOMZ€, contre 267 en France hexagonale. Des disparités importantes existent toutefois d’une géographie à l’autre : le taux de surendettement varie de 29 dossiers à Mayotte à 282 dossiers à La Réunion pour 100 000 habitants. Ce paradoxe peut s’expliquer par une solidarité familiale plus marquée dans les territoires ultramarins mais aussi par une méconnaissance du dispositif de surendettement dans certaines géographies”.

Solidarité familiale et méconnaissance de ses droits

L’Iedom soutient : “Les solutions apportées par les commissions de surendettement. Dans 84 % des dossiers traités, la commission a adopté une solution pérenne (donc hors moratoires, plans d’attente et suspensions d’exigibilité des créances), évitant de ce fait le retour à une situation de surendettement. Cette part est en hausse de 1,4 % par rapport à 2024, et se situe au même niveau dans l’Hexagone”.

A noter que : “ (…) plus de la moitié des ménages surendettés dans la DCOMZ€ ne dispose d’aucune capacité de remboursement et est en incapacité de faire face à ses dettes (53 %, soit +2 points par rapport à 2024). Par ailleurs, plus de 86 % des déposants dont le dossier a été traité par les Commissions en 2025 présentaient un patrimoine immobilier et financier inférieur à 2 000 euros”.

La pauvreté responsable en premier lieu

Sans surprise l’Iedom désigne les ménages les plus frappés :  “Trois catégories de ménages sont principalement touchées par le surendettement :

– Les ménages vivant en-dessous du seuil de pauvreté monétaire ;

– Les ménages fragilisés par un changement imprévu de leur situation (séparation, perte d’emploi, problèmes de santé par exemple) ;

– Les ménages rencontrant des difficultés à gérer leur budget.”

Surendettés : Une majorité de femmes

De plus, il est souligné : “Les surendettés sont généralement des personnes seules ou des familles monoparentales, majoritairement des femmes aux revenus modestes”. Cela signe la situation d’inégalité sociale insoutenable dans les pays dits DOM.

Il est précisé notamment : “De manière générale, les surendettés sont le plus souvent des femmes, celles-ci représentant 64 % de l’ensemble des personnes surendettées, soit plus que leur représentativité dans la population française totale (52 %) (…). En revanche, la part des personnes célibataires s’élève à plus de 49 %, soit un niveau de 20 points plus élevé que dans l’Hexagone et en décalage par rapport à la structure de la population française où les célibataires représentent 35 %. Cette situation traduit le poids de l’isolement sur l’équilibre budgétaire de ces foyers. La composition des ménages surendettés montre que les familles monoparentales, dont le chef de famille est le plus souvent une femme, sont particulièrement vulnérables au surendettement. Elles constituent 36 % des ménages surendettés dans les DCOMZ€ contre 21 % dans l’Hexagone”. En Martinique les femmes représentent 33,6 % des surendettés contre 28,9 % en Guadeloupe et 23,8 % en France.

En outre : “La tranche d’âge 25-64 ans est la plus touchée par le surendettement. Plus d’un tiers des personnes surendettées sont des actifs au chômage. Une représentation majoritaire des locataires est observée.

Revenus sociaux : Une part importante des ressources

S’agissant des ressources les constats sont terribles : “Les prestations familiales, allocations logement et primes d’activité constituent également une part relativement significative des revenus des foyers surendettés, à hauteur de 17 % (contre 14% des ménages surendettés de l’Hexagone), de même que les minima sociaux (12 % contre 9 %).

Ces proportions sont stables par rapport à 2024. À l’inverse, les pensions représentent 15 % des ressources des surendettés, soit une part plus faible que dans l’Hexagone (18 %)”.

Les revenus sociaux ont une part plus forte dans les ressources et les retraites sont plus faibles, comme nous l’avons maintes fois dénoncé.

Ce panorama particulièrement dégradé se complète comme suit:

1/ Les ménages surendettés présentent une capacité de remboursement réduite. 74 % des ménages surendettés dans les DCOMZ€ disposent de ressources mensuelles nettes inférieures à 1 416 euros, contre 66 % dans l’Hexagone, et 57 % disposent de ressources ne dépassant pas 1 122 euros, contre 43 % dans l’Hexagone.

2/ Plus de la moitié des ménages (53 %) ne dispose d’aucune capacité de remboursement, un niveau de 4 points supérieur à la moyenne hexagonale (49 %). En Martinique c’est 45,7 % contre 55,5 % en Guadeloupe et 49,1 % en France.

3/ L’endettement global cumulé des ménages surendettés en 2025 s’élève à 122 millions d’euros ; cette dette globale est en hausse de 26,5 % sur un an et constitue un point haut historique.

L’endettement médian est de 23 050 € en Martinique, contre 22 128 € en Guadeloupe, 16 698 € à la Réunion, 15 000 € en Guyane, 45 150 € à Mayotte et 19 136 € en France.

4/ Depuis 2020, la part des dettes à la consommation a progressé de presque 10 points pour atteindre 48 % en 2025, soit un niveau proche de celui observé avant 2011.

5/ Des dettes de charges courantes relatives au logement en progression. Les dettes de charges courantes se composent de trois postes principaux : logement, énergie/ communication et engagements fiscaux.

6/ La part des dettes de santé et des dettes alimentaires (respectivement 0,6 % et 0,3 %) a été multiplié par trois en un an, révélant des difficultés croissantes à faire face aux besoins élémentaires du foyer. Le montant médian des dettes alimentaires atteint un montant particulièrement élevé, à 2 539 euros (contre 2 309€ en 2024 soit une hausse de 10 %).

7/ Au total, ce sont 1 571 dossiers (soit 52,9 % des dossiers clos) qui ont fait l’objet d’une remise partielle ou intégrale sur dettes éligibles, en progression de 1,6 % par rapport à 2024.

Il est évident que l’augmentation du surendettement traduit une dégradation du niveau de vie dans les pays dénommés DOM.

Michel Branchi