Puffs et substances illicites : une consommation des jeunes en forte hausse en Martinique

0
7
Jeudi 5 février, la gendarmerie s’est déplacée au sein du lycée Joseph Pernock afin de sensibiliser les élèves sur la Puff PTC (Pète ton crâne)

Colorées, aromatisées et faciles d’accès, les puffs se sont imposées dans le quotidien de nombreux collégiens et lycéens en Martinique. Longtemps perçues comme inoffensives, ces cigarettes électroniques cachent pourtant des substances parfois extrêmement dangereuses. La multiplication des malaises chez les jeunes met aujourd’hui en lumière une pratique banalisée, mais aux conséquences bien réelles sur la santé. À l’approche des vacances scolaires, les autorités sanitaires, éducatives et les forces de l’ordre tirent la sonnette d’alarme face à une consommation en nette augmentation.

Depuis plusieurs semaines, des cas de malaises ont été recensés chez des adolescents, notamment dans le nord atlantique de l’île. En milieu scolaire comme à l’extérieur, plusieurs jeunes ont présenté des troubles nécessitant une prise en charge médicale d’urgence : difficultés respiratoires, crises d’angoisse, pertes de connaissance ou comportements incohérents. Ces épisodes sont directement liés à l’inhalation de puffs contenant des substances psychoactives.

Cannabinoïdes de synthèse : des produits extrêmement puissants

Certaines puffs, vendues sous des noms comme Spleen, PTC – Pète ton crâne, Buddha Blue, Spice ou K2, contiennent des cannabinoïdes de synthèse.

Ces molécules, entièrement artificielles, sont conçues pour contourner la législation. Leur puissance peut atteindre jusqu’à 200 fois celle du cannabis naturel, rendant leurs effets particulièrement imprévisibles, même à très faibles doses. Les professionnels de santé alertent sur des intoxications aiguës, parfois chez des jeunes non-fumeurs, avec des risques durables pour la santé mentale et physique.

Puffs rechargeables : un contournement de la loi

Interdites à la vente depuis février 2025, les puffs jetables ont officiellement disparu des circuits légaux. Mais les fabricants ont rapidement trouvé une parade : proposer des puffs rechargeables. Même apparence, mêmes arômes attractifs, mais avec un système de cartouches remplaçables. Une innovation qui permet de rester dans les clous de la loi, tout en conservant des produits à la durée de vie limitée. Ces dispositifs contiennent souvent des taux de nicotine très élevés. Certains professionnels du vapotage alertent : une seule puff peut délivrer l’équivalent de plus d’un paquet de cigarettes par jour. Un danger largement sous-estimé par les jeunes, et parfois même par les parents.

Une accessibilité toujours trop facile pour les mineurs

Malgré l’interdiction formelle de vente aux mineurs, les adolescents parviennent facilement à se procurer ces produits : épiceries, boutiques de vape, stations-service ou revente entre particuliers. Les réseaux sociaux, notamment Snapchat, jouent un rôle central dans cette diffusion, avec des ventes organisées via messagerie privée ou des commandes sur des sites étrangers, sans contrôle réel sur la composition des produits. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, un collégien sur cinq et près de la moitié des lycéens avaient déjà vapoté en 2022. En Martinique, ces chiffres préoccupent particulièrement les autorités, qui constatent une banalisation rapide de l’usage.

Enquêtes et prévention renforcée

Face à la multiplication des incidents, plusieurs enquêtes judiciaires ont été ouvertes afin d’identifier l’origine et la composition exacte de certaines puffs en circulation. Des analyses sont en cours, notamment au niveau national. Parallèlement, l’ARS, l’Académie de Martinique et les forces de l’ordre ont renforcé les actions de prévention : interventions dans les établissements scolaires, mobilisation des infirmiers scolaires, information des parents et diffusion de messages de sensibilisation adaptés aux jeunes.

Les autorités appellent à une vigilance collective. Derrière ces objets colorés aux goûts fruités se cache une réalité bien plus sombre : une exposition précoce à des substances hautement addictives et dangereuses, qui gagne du terrain chez les plus jeunes.

Dans ce contexte, le lycée polyvalent Joseph Pernock a déployé un dispositif d’urgence afin de sécuriser le parcours de santé des élèves et de rétablir un climat scolaire apaisé. Une action de prévention s’était tenue le jeudi 5 février 2026, de 15h à 16h, au réfectoire de l’établissement, à destination de l’ensemble des classes. Elle s’était déroulée en présence des infirmières scolaires, de la Maison de la protection des familles (MPF) et des professeurs documentalistes, mobilisés pour informer, sensibiliser et prévenir les risques liés à ces consommations.

M.C