Comment sortir de la spirale de la violence ? Le PCM ouvre le débat

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De la gauche vers la droite. Fred Galva, psychologue clinicien, Ronald Choux, éducateur spécialisé, Louis-Félix Ozier-Lafontaine, anthropologue qui prend la parole et Anthony Toussaint, membre du PCM

Alors que la Martinique est confrontée à une recrudescence inquiétante des violences, le Parti Communiste Martiniquais (PCM) a organisé, samedi 24 janvier, une rencontre-débat consacrée à la montée de l’insécurité. Une initiative citoyenne visant à analyser les causes profondes du phénomène et à réfléchir collectivement à des réponses durables.

Cette initiative du Parti communiste martiniquais intervient dans un contexte particulièrement préoccupant en matière de sécurité. Depuis le début de l’année 2026, la Martinique a déjà été endeuillée par plusieurs faits graves, renforçant le sentiment d’insécurité au sein de la population. Le dimanche 4 janvier, le premier homicide de l’année a été commis au quartier Morne-des-Esses à Sainte-Marie. 15 jours plus tard c’est un père de famille de 44 ans qui est poignardé près du marché aux poissons de Fort-de-France. En plus de ces faits récents, les chiffres traduisent une tendance lourde.

En 2025, 40 personnes ont perdu la vie en Martinique par assassinat, dont 34 par arme à feu, contre 29 homicides en 2024, marquant une hausse significative.

Louis-Félix Ozier-Lafontaine : “Il y a une culture de la violence qui circule dans le monde”

La rencontre-débat s’est tenue samedi 24 janvier au Centre international de séjour, à l’Étang Z’Abricot. Elle a permis une analyse approfondie de ce phénomène social, qui touche de plus en plus de familles et fragilise le climat social sur l’île.

Pour enrichir la réflexion collective, le PCM a sollicité la participation de plusieurs intervenants aux profils complémentaires :

            • Louis-Félix Ozier-Lafontaine, anthropologue ;

            • Ronald Choux, éducateur spécialisé ;

            • Fred Galva, psychologue clinicien.

À travers leurs regards croisés scientifique, éducatif et psychologique, les organisateurs souhaitent mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre, identifier les facteurs sociaux, économiques et culturels, et proposer des pistes de réponses adaptées aux réalités martiniquaises.

L’anthropologue Louis-Félix Ozier-Lafontaine souligne l’émergence d’une véritable culture mondiale de la violence qui traverse les frontières et influence toutes les sociétés, y compris la Martinique. Selon lui, cette dynamique imprègne désormais une partie de la culture locale, touchant particulièrement certains jeunes adultes. Pour endiguer ce phénomène il recommande un programme d’amélioration de la sociabilité des jeunes : 

La modernité, la mondialisation en particulier, est un mouvement qui est extrêmement déstabilisant, voir destructeurs pour toute une partie de la population. C’est d’ailleurs, la population la plus dépourvue de moyens et de ressources qui est la plus exposée. Il faudrait que, parallèlement à l’école, il y ait une sorte de périscolarité, qui développerait des programmes d’amélioration de la sociabilité des jeunes.”

Autrement dit ces influences négatives sur les publics les plus modestes favoriseraient le basculement de certains jeunes vers l’attrait de l’argent facile, notamment à travers le narcotrafic. L’anthropologue appelle ainsi à renforcer, aux côtés de l’école, une éducation à la citoyenneté, à la sociabilité et aux valeurs collectives, afin de mieux prévenir ces dérives.

De son côté le psychologue clinicien Fred Galva s’inquiète des effets de la violence non seulement sur les victimes directes, mais aussi l’ensemble de la population, exposée quotidiennement, qui alimente un climat d’insécurité et de vulnérabilité collective : “Il faut surtout penser à ceux qui la subissent […] Parce que cette violence qui augmente chez nous a tendance à fragiliser aussi les personnes qui entendent tous les jours des faits violents. On a constaté que ces personnes avaient des stress post-traumatiques, des stress, des angoisses et parfois même une augmentation des dépressions et cela, il faut l’entendre. C’est important de se dire que les mécanismes qui engendrent la violence sont en augmentation exponentielle, c’est-à-dire l’incapacité que les personnes ont à réguler leurs émotions, à freiner leurs frustrations, à différer leurs désirs. J’insiste également sur le fait qu’il faut que nous portions une attention particulière sur les personnes qui reçoivent cette violence, c’est-à-dire les personnes impactées bien sûr, mais aussi toute la société qui est là, qui est témoin et qui reçoit tous les jours des informations violentes.

Pour le spécialiste l’exposition quotidienne à des faits et informations violentes agit comme un virus, fragilisant psychologiquement les individus souffrant de stress, angoisses et traumatismes…

Des facteurs qui finissent par alimenter à leur tour la propagation de la violence dans la société.

L’éducateur spécialisé Ronald Choux a fait part de son expérience. Il considère que notre société s’est construite sur la violence, mais que la violence a changé de forme.

Les acteurs sont jeunes et utilisent des armes à feu. Le temps du “major” n’est plus. La violence n’est plus localisée (fêtes de communes, etc) et est partout. La religion a reculé. Il  énonce que 4 enfants sur 10 sont victimes de violences intrafamiliales. Je veux quelque chose, c’est dans l’immédiat, illustre-il. Pour lui, ce qui caractérise l’actuelle génération c’est le manque d’espoir. Et de rappeler que 70 %  des familles monoparentales sont en situation de pauvreté. Ce qui renvoie au contexte social de la Martinique : vie chère, transports insuffisants, etc.

Pour Ronald Choux il faut une réponse forte au plan pénal. Il déplore une certaine négligence parentale entraînant que les enfants sont livrés à eux-mêmes.

La solution, selon lui, exige une volonté politique d’agir par la prévention dès l’école maternelle et de dépasser les clivages politiques.

De nombreuses interventions ont prouvé que la question de l’insécurité et de la violence interroge beaucoup et ont permis aux intervenants d’approfondir le sujet et répondre à certaines attentes. Il a même été envisagé de tenir ultérieurement un séminaire sur la question pour dégager des pistes de résolution de ces phénomènes qui empoisonnent la société martiniquaise.                                            

M.C