Air Antilles au bord du gouffre : chronologie d’une crise qui menace l’avenir de la compagnie

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Sur le site internet de la compagnie, les réservations sont interrompues

Fragilisée financièrement et clouée au sol depuis plus d’un mois, la compagnie régionale Air Antilles traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire récente. Entre suspension de licence, dettes, cessation de paiement et audience devant le tribunal de commerce, retour sur les principales étapes d’une crise aux lourdes conséquences pour le transport aérien dans les Antilles.

Décembre 2025 : les avions cloués au sol par la DGAC

Le 8 décembre 2025 marque un tournant. À la suite d’un audit mené début décembre, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) suspend le certificat de transporteur aérien (CTA) d’Air Antilles, évoquant de graves défaillances en matière de sécurité. La compagnie est contrainte d’arrêter immédiatement l’ensemble de ses rotations entre la Guadeloupe, la Martinique et les îles du Nord.

Privée de toute activité commerciale, Air Antilles ne peut plus vendre de billets ni générer de chiffre d’affaires, provoquant une chute brutale de sa trésorerie. Un plan d’action correctif est transmis à la DGAC, mais la levée de la suspension reste en suspens.

Une situation financière déjà très dégradée

Avant même l’arrêt des vols, la santé financière de la compagnie était fragile. Faute d’investisseurs, Air Antilles ne parvient pas à satisfaire aux exigences européennes de solvabilité, qui imposent de disposer de réserves financières suffisantes pour couvrir plusieurs mois d’exploitation.Malgré la mobilisation des équipes et les démarches administratives engagées, la direction reconnaît ne plus disposer des fonds nécessaires pour assurer la continuité de l’activité.

Des dettes envers les aéroports

Parallèlement, Air Antilles fait face à des créances importantes. En Guadeloupe, une procédure engagée au printemps 2025 par le gestionnaire de l’aéroport Maryse Condé pour obtenir plus de 600 000 euros a été rejetée par la justice. En Martinique, la situation est différente. En septembre 2025, la société gestionnaire de l’aéroport Aimé Césaire a saisi le tribunal administratif pour réclamer près de 160 000 euros au titre de redevances et d’occupation du domaine public. Le juge a finalement condamné Air Antilles à verser une provision de 58 166 euros, ajoutant une pression supplémentaire sur les finances déjà exsangues de la compagnie.

Janvier 2026 : cessation de paiement et saisine du tribunal

Face à l’absence de rentrée d’argent et à l’impossibilité de faire face à ses charges, la direction dépose une déclaration de cessation de paiement auprès du tribunal de commerce de Pointe-à-Pitre. Les salariés sont informés mi-janvier.

Un comité social et économique exceptionnel est organisé, tandis qu’un courrier du président d’Air Antilles, Louis Mussington, acte officiellement l’impossibilité pour l’entreprise de poursuivre son activité dans ces conditions. La compagnie sollicite alors l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire.

Une audience décisive et une décision attendue

Le jeudi 22 janvier 2026, Air Antilles a comparu devant la chambre du conseil du tribunal de commerce de Pointe-à-Pitre. L’audience, tenue à huis clos, a permis d’entendre la direction, les représentants du personnel et plusieurs acteurs de la compagnie. Le parquet ne s’est pas opposé à la demande de redressement judiciaire. À l’issue de l’audience, le tribunal a mis sa décision en délibéré. Le jugement est attendu le 2 février 2026. Il devra trancher entre plusieurs scénarios : redressement judiciaire avec poursuite de l’activité, ou liquidation judiciaire, qui signerait l’arrêt définitif de la compagnie.

Un enjeu économique et social majeur

Depuis sa reprise fin 2023, la collectivité de Saint-Martin a investi près de 20 millions d’euros dans Air Antilles. En 2025, la compagnie a transporté plus de 121 000 passagers et réalisé environ 18 millions d’euros de chiffre d’affaires, assurant des liaisons essentielles entre la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Un consortium d’investisseurs serait en train de finaliser une offre de reprise, qui pourrait être présentée au tribunal. En attendant, les 114 salariés de la compagnie restent dans l’expectative, suspendus à la décision de justice qui déterminera l’avenir du transporteur régional et de l’emploi.                                                                                                                        

M.C