Face à l’aggravation des échouages de sargasses et à leurs impacts sanitaires, la ministre des Outre-mer a été interpellée au Sénat ce 21 janvier 2026. Alors que l’année 2025 a marqué un record d’algues échouées aux Antilles, le gouvernement prépare un nouveau plan Sargasses III, tandis que les experts alertent sur un véritable enjeu de santé publique.
Les échouages massifs de sargasses continuent de provoquer une forte exaspération en Martinique. Mercredi 21 janvier, la question s’est invitée au Sénat, où le sénateur martiniquais Frédéric Buval a interpellé la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, sur une situation devenue un véritable enjeu de santé publique. Face à la gravité du phénomène, le gouvernement annonce une évolution de sa stratégie avec la préparation du plan Sargasses III.
Une crise qui s’aggrave depuis plus d’une décennie
Depuis 2011, les territoires antillais subissent des échouages récurrents et massifs d’algues sargasses, affectant durablement les communes du littoral atlantique. L’année 2025 a marqué un niveau record d’algues échouées, aggravant les nuisances pour les riverains, les collectivités et les professionnels du tourisme et de la pêche. Au Robert, la situation a atteint un point critique début janvier, avec plusieurs jours de mobilisation des habitants. Cette contestation a conduit à la signature, le 9 janvier, d’un protocole d’accord entre l’État, la Collectivité territoriale de Martinique, le GIP Sargasses, Cap Nord, la commune du Robert et des collectifs de riverains, afin de renforcer les moyens d’intervention d’urgence.
Une interpellation politique sur fond d’urgence sanitaire
Au Sénat, Frédéric Buval a dénoncé l’impact sanitaire, environnemental et économique des sargasses. La décomposition des algues libère notamment du sulfure d’hydrogène, un gaz irritant responsable de troubles respiratoires, de maux de tête et de malaises. Le sénateur a également pointé l’insécurité juridique liée au statut flou des sargasses, ni clairement considérées comme déchets, ni comme espèces envahissantes, ce qui complique le financement et la prise en charge par les communes.
Il a appelé l’État à s’impliquer davantage, notamment en envisageant la reconnaissance d’un état de catastrophe sanitaire ou naturelle, afin de faciliter les indemnisations et d’adapter les dispositifs assurantiels pour les populations et les acteurs économiques touchés.
Vers un nouveau plan national : Sargasses III
En réponse, la ministre des Outre-mer a annoncé la préparation du plan Sargasses III, destiné à renforcer et réorienter la stratégie de l’État français. Elle a reconnu la nécessité de changer de méthode, en passant d’une gestion essentiellement réactive à une approche plus globale et anticipatrice.
Ce nouveau plan doit renforcer l’action conjointe de l’État et des collectivités, tout en développant plusieurs axes prioritaires : prévention, collecte en mer, ramassage à terre, stockage, valorisation des algues et amélioration de la détection précoce des bancs de sargasses. Le volet sanitaire doit également devenir un pilier central de ce dispositif. Une concertation pilotée par les préfets devrait être lancée dans les prochaines semaines avec les élus et les acteurs locaux.
Des alertes sanitaires de plus en plus préoccupantes
Parallèlement, un comité indépendant d’experts, mis en place fin avril 2025 par l’Agence régionale de santé et la Collectivité territoriale de Martinique, a dressé un constat alarmant. Après huit mois de travaux, le rapport met en évidence près de 750 patients présentant des symptômes récurrents désormais identifiés comme un « toxidrome sargasses”. Ces troubles ; maux de tête, vertiges, irritations oculaires, difficultés respiratoires, malaises ou troubles digestifs ont été observés chez des personnes exposées aux émanations de gaz, parfois même en l’absence de dépassement des seuils officiels mesurés par les capteurs. Les établissements scolaires figurent parmi les lieux particulièrement concernés.
Un plan “Sargasses-Santé” réclamé par les experts
Coordonné par le professeur Dabor Resiere, toxicologue au CHU de Martinique, le comité estime que les recommandations sanitaires actuelles sont inadaptées à une exposition chronique. Les experts appellent à une actualisation urgente des protocoles, en intégrant les symptômes cliniques comme critère central d’alerte, et non plus uniquement les données environnementales. Le rapport recommande également le déploiement de consultations mobiles de toxicologie, un suivi médical à long terme des personnes exposées, ainsi qu’une attention renforcée envers les publics vulnérables, notamment les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les personnes atteintes de maladies chroniques.
Un enjeu global, au-delà de l’environnement
Au-delà de la santé humaine, les sargasses perturbent fortement les écosystèmes marins et fragilisent l’activité des pêcheurs, en première ligne pour tenter d’intercepter les bancs d’algues avant leur échouage. Le phénomène est lié à des déséquilibres environnementaux à grande échelle, notamment le réchauffement climatique et l’enrichissement excessif des eaux de l’Atlantique tropical. L’entrée en vigueur récente du Traité sur la haute mer pourrait également offrir de nouveaux leviers pour accélérer la coopération internationale et améliorer la gestion de ce fléau. Désormais, les sargasses ne sont plus seulement perçues comme un problème environnemental ou économique, mais comme un enjeu sanitaire majeur, qui appelle des réponses durables, coordonnées et adaptées à la réalité des territoires antillais.
M.C

