Au moment où nous écrivons cet éditorial la confrontation entre la puissance impérialiste américaine et l’Europe à propos du Groënland se poursuit.
Un an après l’arrivée au pouvoir du président Donald Trump la zone pourrait devenir le tombeau des anciennes alliances occidentales.
D’un côté, danois et groenlandais disent vouloir travailler sur la sécurité de l’Arctique, les minéraux critiques sur la base des Traités existants avec les Etats-Unis. De l’autre côté, Donald Trump répond : «« La paix mondiale est en jeu ! La Chine et la Russie veulent le Groenland, et il n’y a rien que le Danemark puisse y faire ». Il veut annexer le Groenland, répète-t-il, pour la sécurité des Etats-Unis.
L’Union européenne, dont la France, a envoyé des soldats participer à un exercice militaire de l’OTAN au Groenland.
Et Donald Trump a menacé en retour huit pays européens d’une surtaxe de 10 %, effective à partir du 1er février, qui pourrait s’envoler à 25 % au 1er juin, jusqu’à ce qu’un « accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland ».
Il ne faut pas oublier toutefois que la majorité des pays de l’UE dépendent toujours de Washington pour leur défense. C’est le cas pour les F-35, leur maintenance, leur ravitaillement en vol et leurs munitions, mais également les têtes nucléaires tactiques à double clé installées non seulement en Italie, mais également en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne.
L’union européenne va-t-elle déclencher une riposte en instaurant une réciprocité des droits de douane et en excluant des entreprises états-uniennes des marchés publics européens ? Cela paraît hautement improbable tant la servilité à l’égard du grand frère d’Outre – atlantique est incrustée de manière ancienne. A voir.
Un officiel allemand va même jusqu’à avertir, le vice-chancelier allemand, Lars Klingbeil, que l’Otan était « en train de se dissoudre ».
Le président américain justifie sa volonté d’annexion sur le plan sécuritaire pour cacher son véritable but économique : les minerais critiques présents à profusion sur l’île arctique. Un enjeu sur fond de rivalités avec la Chine.
Pour les États-Unis ils demeurent un intérêt économique majeur. Les terres rares : des métaux et composés métalliques utilisés dans un grand nombre de procédés de fabrication de haute technologie.
D’après le GEUS (Service national de géologie du Danemark et du Groenland), le Groenland recèlerait 36,1 millions de tonnes (Mt) de terres rares. Le filon est attrayant. Notamment pour les barons états-uniens de la tech, dans de nombreuses industries : armement, téléphonie, énergies renouvelables, batteries électriques, intelligence artificielle…
On retrouve aussi sous la calotte glaciaire du fer, du plomb, du zinc, ou encore du lithium et du graphite. En grande quantité.
En réalité, sous couvert du prétexte de la « sécurité nationale », Trump cache son désir d’appropriation coloniale en stratégie de défense.
Les convoitises que provoque le Groenland ne sont pas une lubie. Elles révèlent un calcul froid, à la jonction du capitalisme de prédation et de la militarisation du globe. Sous sa glace : terres rares, cobalt, uranium, graphite, lithium, etc. L’économie du futur déjà en route.
Cependant l’enjeu n’est pas seulement enfoui dans le sous-sol : le Groenland vaut aussi pour ce qu’il voit. C’est un poste d’observation stratégique des flux maritimes, aériens et balistiques du Nord – une charnière entre Amérique du Nord et Europe. Ces routes maritimes sont empruntées par les marines de la Russie et de la Chine. La prise de souveraineté du Groenland pour en faire un nouvel Etat américain peut conduire à des affrontements guerriers.
Depuis longtemps le peuple du Groenland combat le colonialisme danois. Il a conquis une autonomie importante.
Il n’y a pas de paix sans respect des peuples et de la loi. Sans reconnaître leur aspiration à la liberté.
Nous devons être solidaire du Groenland, si éloigné soit-il de nous.
Michel Branchi (19/01/2026)

