IL FAUT APPROFONDIR LES CAUSES DES MOBILISATIONS SOCIALES ET LES CRISES DE LA VIE CHERE DANS LES DOM/TOM, par Raphaël Vaugirard

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Raphaël VAUGIRARD ; Economiste au laboratoire GEODE ; UAG

Tout économiste recherchant la rationalité des crises de 2009 et de 2024, sait que derrière l’apparente simplicité de la question de la vie chère dans les DOM/TOM, appelant des solutions que l’on croit évidentes, se cache en réalité une problématique d’une grande complexité. C’est comme pour la fièvre, il ne suffit pas de faire baisser la température, il faut rechercher et trouver les causes pathologiques. Les mobilisations sociales et les crises de la vie chère présentent une profondeur socio-économico-historique insoupçonnée au cœur même de la question du développement des territoires. Toute approche sérieuse de cette question exige la prise en compte en préalable des fondamentaux suivants.

Tout d’abord, on oublie trop vite que les DOM/TOM français à partir de 1945, sont passés de la structuration dominante “produire pour exporter” dans toute la période coloniale, à celle “importer pour consommer”. Celle-ci caractérise désormais, depuis 1945, un surdéterminant modèle socio-économique se généralisant dans toutes les composantes des territoires ultramarins. Les analyses actuelles des mobilisations sociales et les crises récurrentes, occultent la 1ère structuration coloniale, et s’inscrivent quasi-exclusivement dans la recherche d’une illusoire meilleure régulation des prix, des salaires et des profits pour juguler ces crises. Ce qui laisse accroire que traiter la question de la vie chère reviendrait en fait, à trouver le meilleur paramétrage des coûts d’approche (assurances, fret-maritime, etc), à maîtriser l’impact de la fiscalité (octroi de mer, TVA), à faire jouer à la concurrence son rôle théorique régulateur des prix, à lutter contre les oligopoles de la grande distribution pour éviter les prix monopolistiques… En fait, cet état d’esprit réducteur fait fi du basculement structurel majeur signalé plus haut, qui compromet, sous nos yeux, toute velléité de progrès en matière de développement sur une base productive. Comment s’étonner de la dégradation inexorable de d’agriculture nourricière qui a assuré plus de 80% d’alimentation en fin XIXè siècle ramenée à 10-15% de nos jours ? Ce qui enferme les territoires dans un système cachant  une “crise alimentaire” ou une “famine déguisée en abondance” ?

L’économiste note aussi, par ailleurs, que si jusqu’en 1974, les mouvements populaires et les masses laborieuses avec l’appui des syndicats, revendiquaient avant tout l’augmentation des salaires pour accéder aux biens de 1ère nécessité importés (comme l’attestent  les grandes crises tragiques du pouvoir d’achat de 1900, 1935, jusqu’en 1974) ; à partir des années 2000, les revendications basculent vers : la baisse des prix des produits vitaux importés, la dénonciation des variations inexplicables des prix de billets d’avion devenus un besoin nouveau des familles écartelées entre leur territoire et l’hexagone, les dénonciations des marges des oligopoles de la grande distribution, etc. Sans oublier, l’élargissement permanent des nouveaux besoins de consommation (les portables, les multiples abonnements Internet, NETFLIX et autres, les Locations longue durée pour les véhicules,..).

La réalité est que les territoires, dans leur généralité, sont entrés de pleins pieds dans l’ère de la “consommation de masse”, qui les a restructurés en “marchés captifs d’importation” pour les lobbys commerciaux nationaux partenaires historiques des lobbys ultramarins. Les comportements des consommateurs se caractérisent par une rigide “inélasticité-prix de la demande”. Au niveau macro-économique, les DOM/TOM sont de plus en plus “dé-térritorialisés” pour ne former qu’un marché global captif de 18 milliards d’euros d’importations (voire données ATLAS-ECO & INSEE). Dès lors comment s’étonner des revendications du type “l’alignement des prix”, ou de l’exigence de “continuité territoriale” pour l’équité des prix?

Au-delà du côté populaire ou populiste, celles-ci flattent, en réalité, cette forme de “servitude volontaire” et la  “fièvre acheteuse” confondant besoin et désir,  de la société de consommation en outremer.

L’ouvrage s’intitulant “La croissance appauvrissante dans les DOM/TOM ; Pourquoi la crise de la vie chère revient ?” s’adresse donc à tout lecteur souhaitant mieux comprendre la rationalité des crises de la vie chère, la notion de PWOFITATION née dans la mobilisation massive de 2009 en Guadeloupe et l’oxymore “la croissance appauvrissante” qui semblent désormais caractériser les économies les DOMTOM.

Raphaël Vaugirard