Des luttes ouvrières au 8 mars : une mobilisation toujours nécessaire

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Le collectif 8 mars composé de : l’UFM, l’Asso usagers transport de Martinique (AUTM), Culture Egalité, Association Konbit, Mouvement du Nid, SE-UNSA, Solidaires 972 s’est mobilisé dans les rues de Fort-de-France

D’où vient le 8 mars ?

Chaque année, le 8 mars marque la Journée internationale des droits des femmes. En Martinique, cette date est aussi un moment de mobilisation pour l’Union des Femmes de Martinique, qui rappelle que l’égalité entre les femmes et les hommes reste un combat quotidien. Plus d’un siècle après la naissance de cette journée issue des luttes féministes et ouvrières, l’association souligne que les avancées existent, mais que de nombreuses inégalités persistent encore dans la société martiniquaise.

L’origine de cette journée remonte au début du XXᵉ siècle, dans un contexte de fortes mobilisations sociales.

En 1910, lors d’une réunion de l’Internationale socialiste des femmes à Copenhague, la militante allemande Clara Zetkin propose la création d’une journée consacrée aux droits des femmes. L’une des revendications centrales est alors l’obtention du droit de vote. “Les femmes socialistes de tous les pays doivent organiser tous les ans une journée des femmes qui servira en premier lieu la lutte pour le droit de vote des femmes”, déclarait-elle à l’époque. Quelques années plus tard, en 1917, des femmes russes manifestent à Petrograd pour réclamer « du pain et la paix », dans un contexte marqué par la révolution socialiste bolchévique et la Première Guerre mondiale. Cette mobilisation contribua à populariser la date du 8 mars, qui deviendra progressivement un symbole international du combat pour l’émancipation des femmes. La reconnaissance officielle intervient en 1977 lorsque l’Organisation des Nations unies invite les États à instaurer une journée dédiée aux droits des femmes. En France, cette journée est officialisée en 1982 sous la présidence de François Mitterrand.

En Martinique, des avancées mais une réalité contrastée

Si cette journée demeure essentielle, c’est parce que les inégalités entre les femmes et les hommes persistent à l’échelle mondiale. Les femmes représentent encore la majorité des personnes vivant dans la pauvreté et restent largement sous-représentées dans de nombreux secteurs économiques et politiques.

En Martinique, les données de l’INSEE révèlent une situation contrastée. Les femmes sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes : 44 % des Martiniquaises âgées de 25 à 54 ans possèdent un diplôme de l’enseignement supérieur, soit 12 points de plus que les hommes.Pourtant, ces progrès ne se traduisent pas toujours par une égalité dans le monde du travail. Les femmes recourent davantage au temps partiel (15 % contre 8 % des hommes) et restent plus exposées au chômage : près de six demandeurs d’emploi sur dix sont des femmes sur le territoire. Les écarts de rémunération persistent également.

Dans le secteur privé, une femme cadre gagne en moyenne 49 300 euros nets par an contre 59 400 euros en moyenne pour les cadres, soit 17 % de moins. Les femmes sont aussi beaucoup plus souvent à la tête de familles monoparentales : 34 % d’entre elles élèvent seules leurs enfants, contre seulement 4 % des hommes.

UFM : “Une journée qui reste malheureusement très actuelle”

Pour la Présidente de l’Union des Femmes de Martinique (UFM), Marie-Josèphe Hardy-Dessources-Sellaye, la lutte pour l’égalité reste plus que jamais nécessaire. “La journée internationale de lutte pour les droits des femmes est une journée qui est encore malheureusement très actuelle”, explique-t-elle. Selon la militante malgré les avancées juridiques, la réalité quotidienne montre que les inégalités persistent : “Les droits des femmes sont inscrits dans l’arsenal juridique, mais dans les faits beaucoup de choses ne sont pas appliquées.” La question de l’égalité salariale reste notamment un point central : “Nous sommes encore à près de 9 % d’écart entre le salaire des hommes et celui des femmes.” La présidente de l’association évoque également d’autres enjeux, notamment dans le domaine de la santé, où certaines maladies touchant majoritairement les femmes, notamment l’endométriose, restent encore insuffisamment étudiées. Au-delà des inégalités économiques qui frappent l’ensemble de la société martiniquaise, elle souligne l’existence d’une double domination  sociale et patriarcale :  “Les femmes vivent une double domination : elles sont exploitées dans le système économique et subissent aussi la domination masculine héritée du patriarcat.”

Des réalités du quotidien qui pèsent davantage sur les femmes

Selon la présidente de l’UFM certaines problématiques sociales touchent plus particulièrement les femmes dans la vie quotidienne. Elle cite notamment les difficultés liées à l’accès à l’eau ou aux transports.

Avant même d’aller travailler, il y a toute la partie invisible de la journée de travail : le travail domestique”, souligne-t-elle. Les responsabilités liées à l’organisation de la vie familiale, aux tâches ménagères ou à l’éducation des enfants reposent encore largement sur les femmes, ce qui accentue leur charge mentale. Ces réalités peuvent avoir des conséquences sur les parcours professionnels et, à long terme, sur les pensions de retraite, souvent plus faibles pour les femmes.

Associations et syndicats mobilisés pour le 8 mars

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, plusieurs associations féministes, organisations syndicales et collectifs citoyens se sont mobilisés. Réunis au sein du Collectif du 8 mars 2026, ils ont appelé à participer aux mobilisations organisées les 7 et 8 mars, notamment à Fort-de-France.

Parmi les initiatives proposées, des scénettes de rue ont été organisées afin de sensibiliser le public aux réalités vécues par les femmes sur le territoire. Ces mises en situation ont abordé différentes thématiques du quotidien : la sécurité dans l’espace public, l’accès à l’eau et aux transports, les difficultés d’accès aux soins, mais aussi la conciliation entre vie professionnelle et familiale, notamment à travers la question des modes de garde. Le collectif a souhaité ainsi rendre visibles des revendications très concrètes. Les organisations ont rappelé que les femmes restent particulièrement exposées aux inégalités sociales qui sont générales en Martinique. En Martinique, elles gagnent en moyenne 8,7 % de moins que les hommes, et une femme sur quatre vit sous le seuil de pauvreté ( la pauvreté concerne 27 à 33 % des Martiniquais contre 14 % en France). Elles sont également restées plus nombreuses à occuper des emplois précaires ou à temps partiel et sont restées surreprésentées dans les secteurs les moins valorisés.

Les associations ont également alerté sur la persistance des violences sexistes et sexuelles. Selon les données avancées par le collectif, près de 40 % des violences signalées relevaient de violences intrafamiliales, tandis qu’une femme sur cinq déclarait avoir été victime de violences conjugales, un chiffre encore plus élevé chez les jeunes femmes.

Plusieurs organisations syndicales ont également pris part à la mobilisation. Le SE-Unsa Martinique a appelé “l’ensemble des personnels de l’Éducation, ainsi que toutes celles et tous ceux attachés à l’égalité réelle, à participer massivement aux manifestations organisées en Martinique les 7 et 8 mars”. Dans son communiqué, le syndicat a rappelé que « les inégalités entre les femmes et les hommes demeurent une réalité préoccupante » sur le territoire. Il a souligné notamment que les femmes martiniquaises étaient davantage exposées au chômage et à la précarité, occupaient plus souvent des emplois à temps partiel contraint et continuaient de percevoir des rémunérations inférieures à celles des hommes à qualification équivalente.Face à ces constats, les organisations réunies pour le 8 mars ont voulu rappeler que cette journée restait avant tout une journée de mobilisation et de revendication pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.

M.C