Transport public : Un conflit social qui révèle des “inégalités” sur le réseau Centre

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Depuis la mi-mars, le réseau de transport du centre de la Martinique est fortement perturbé par un conflit opposant les chauffeurs de la société Transaglo à leur direction. À l’origine de la mobilisation : des revendications salariales, mais aussi un sentiment d’inégalité entre conducteurs selon leur employeur au sein du réseau piloté par Martinique Transport.

Le réseau de transport du centre, notamment dans la zone de la CACEM, repose sur plusieurs opérateurs. Si Martinique Transport en assure la gestion globale, certaines lignes sont exploitées par des entreprises privées délégataires comme Transaglo. Concrètement, cela signifie que tous les chauffeurs ne dépendent pas du même employeur, même s’ils circulent sur un même réseau. Certains relèvent de structures proches de la régie publique, tandis que d’autres, comme les salariés de Transaglo, dépendent d’une entreprise privée avec ses propres règles sociales et salariales.

Une grève née d’un sentiment d’injustice

C’est précisément cette différence de statut qui alimente la colère des chauffeurs. Les salariés de Transaglo réclament un alignement de leurs rémunérations sur celles des conducteurs rattachés à la régie ou à d’autres opérateurs du réseau. Ils dénoncent des écarts importants de salaires et de primes, pouvant atteindre plusieurs centaines d’euros par mois. Pour eux, cette situation est d’autant plus difficile à accepter qu’ils exercent le même métier, sur les mêmes lignes, avec des contraintes similaires. La revendication actuelle d’une augmentation d’environ 150 euros mensuels s’inscrit dans cette logique de rattrapage. Elle fait suite à une première demande plus élevée de 300€ et à un engagement pris en 2025 qui prévoyait déjà une harmonisation des salaires, restée sans effet jusqu’à présent selon le syndicat.

Pourquoi de tels écarts de salaires ?

La direction de Transaglo, représentée par Emmanuel Pharès justifie ces différences par plusieurs facteurs. L’entreprise met en avant sa situation financière fragile, marquée par des pertes récentes, ainsi que des charges d’exploitation plus importantes que celles des structures rattachées à la régie. Elle souligne également qu’il n’est pas pertinent, selon elle, de comparer directement les salaires entre des entités différentes, chacune ayant son propre modèle économique. Autre élément déterminant : une consigne récente de Martinique Transport, dans le cadre du futur appel d’offres pour l’attribution du réseau centre. En effet, depuis le 12 mars, les opérateurs doivent suspendre toute décision ayant un impact sur les rémunérations afin de garantir une équité entre candidats. Une contrainte qui bloque, de fait, toute évolution salariale à court terme.

Des négociations dans l’impasse et des usagers à bout

Les discussions entre la direction et les salariés n’ont, pour l’heure, pas permis de trouver un terrain d’entente. L’employeur estime ne pas pouvoir répondre aux demandes dans le contexte actuel, tandis que les grévistes jugent les propositions insuffisantes. Sans avancée sur l’harmonisation des conditions de travail, les syndicats préviennent que ce type de mobilisation pourrait se reproduire.

En attendant, ce sont les usagers qui continuent de subir les conséquences directes d’un conflit qui dépasse largement le cadre d’une seule entreprise. Face à une situation qui dure, les usagers expriment une colère grandissante. L’Association des Usagers des Transports de Martinique (AUTM) dénonce dans un courrier adressé au président de Martinique Transport, une situation devenue critique. Après plusieurs jours de blocage des dépôts de l’Étang Z’Abricot et du Lareinty, l’AUTM appelle les autorités à prendre leurs responsabilités, estimant que, même si Martinique Transport n’est pas directement impliqué dans le conflit, son rôle reste central pour favoriser une sortie de crise. Elle demande ainsi qu’un dialogue soit rapidement engagé avec la direction de Transaglo afin de rétablir le service. L’association pointe également l’impact direct sur les usagers, contraints de subir les conséquences du mouvement social.

Elle juge “inacceptable” que la libre circulation soit entravée, soulignant que de nombreux Martiniquais dépendent du réseau pour leurs déplacements professionnels et personnels. Enfin, l’AUTM réclame une réaction forte et une prise de position claire des autorités, afin de garantir un retour rapide à la normale sur le réseau de la CACEM.

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